La légende de la corde de Skell…

Quand Skell créa la terre du milieu, il imagina un territoire ou tous les êtres pourraient exister en harmonie. C’est ainsi que jusqu’au second Âge, les Nains, les Hobbits, les Hommes, les Gobelins, les Trolls et les Elfes vécurent en symbiose, commerçant entre eux, échangeant leur savoir et s’invitant à leurs assemblées annuelles respectives.
Désireux de préserver ce lieu unique, il l’entoura de chaînes volcaniques. Un des cratères, le Mont Ruapehu, est d’ailleurs plus connu des amateurs d’histoires fantastiques sous son nom originel : le Mont Mordor.
Protégé par ces barrières naturelles, ce petit monde continua sa vie routinière, très peu inquiet de ce qui était en train de se préparer sous terre.
Smaug, le dragon, réveillé par les nombreuses exploitations minières, accueillit ces êtres menus de la pire des façons. Rappelé à l’ordre par Skell, il décida d’aller prolonger sa sieste dans la ville souterraine des nains, au beau milieu de leur réserve d’or. C’est à ce moment-là que tout bascula.
Désireux de récupérer leur trésor, ils dérangèrent à nouveau Smaug, qui, surveillé par Skell n’osait plus sortir au grand jour. Coincé et ne pouvant trouver le sommeil, Smaug se mit à élaborer un plan.
Un jour, les nains revinrent dans la mine et découvrirent que le dragon avait disparu.
Voulant célébrer cet événement, ils organisèrent un grand dîner, auquel tous les représentants des peuples amis furent conviés.
Soudain, la terre trembla, et tous les cratères entrèrent en éruption. Bien loin de ces tempêtes de flammes, tous admirèrent le spectacle, se disant que la planète leur faisait la fête, et que c’était un signe du ciel.
Alors qu’elle flânait à quelques pas de là, une jeune fille entendit une voix qui l’appelait.
- Tu as le destin de ton peuple dans tes mains, toi seule pourras le sauver.
Elle regarda ses menottes, et, à part cette corde qu’elle tenait, attachée à son âne par son autre extrémité, elle ne vit rien qui eut pu aider qui que ce soit.
- Mais, pourquoi me dites-vous cela ? Et qui êtes-vous ?
- Je suis le grand Skell, Maître des profondeurs. Ces éruptions ont provoqué une catastrophe, ne le voyez-vous pas ?
- Je ne vois rien du tout, Maître Skell, de quelle catastrophe parlez-vous ?
- Ces puissantes éruptions… oh mon dieu, mais comment n’ai-je pas pensé à cela ?
- Que se passe-t-il, Maître ? Soyez plus clair… comment pourrais-je vous aider si vous ne vous adressez à moi qu’en énigmes.
- Je vais tenter de vous expliquer cela simplement. Vous vous rappelez ces vessies, dans lesquelles vous souffliez quand vous étiez enfant ?
- Les baudruches, oui, bien sûr.
- Eh bien, imaginez que vous en gonfliez une très fort et que vous la perciez ensuite avec une aiguille.
- On a fait ça tout le temps, elle se met à voler de ses propres ailes…
- Vous avez tout compris, jeune fille.
- Vous voulez dire que la terre s’est mise à voler de ses propres ailes ?
- C’est pire que ça, nous nous éloignons du soleil !
- Mais, si c’est le cas… nous allons mourir de froid ! s’écrie-t-elle.
- C’est ce que j’essaie de vous dire depuis tout à l’heure.
- Mais… que voulez-vous que j’y fasse ?
- Vous avez la solution dans votre main.
- Une corde ? Je ne comprends pas.
- Je vous propose que nous tentions de résoudre ce problème à deux. Je vous apporte une très longue corde, et vous allez l’attacher au fond de ce cratère, là-bas. Vous voyez, le Mordor. C’est le seul qui ne soit pas en éruption.
- Mais, le Mordor, Maître Skell, c’est un endroit maudit, vous le savez bien.
- Ne vous inquiétez pas, je vous protégerai.
- Et l’autre côté, vous allez l’attacher où ?
- J’en fais mon affaire. Occupez-vous déjà de ce bout-là. Mais pressons, nous n’avons pas beaucoup de temps.

Ayant noué l’extrémité de la corde de Skell à sa taille, elle se lança dans la descente du cratère. Au bout de quelques kilomètres, elle s’arrêta et chercha un point d’accroche. La paroi était lisse comme du verre et aucune solution ne s’offrait à ses yeux. Elle n’eut donc d’autre choix que de poursuivre vers le bas. Deux jours durant, elle s’enfonça dans ce gouffre interminable. Enfin, un éperon rocheux lui apparut, autour duquel il lui sembla possible de faire un nœud.
Sa tâche accomplie, elle se sentit très fatiguée et décida de prendre quelque repos avant la remontée. Mais la terre continuait à s’éloigner, et de son côté aussi, Skell avait réussi à accrocher le cordage. Tout se déroula comme prévu jusqu’au moment où cette amarre se tendit. Le mouvement s’arrêta brusquement en un grand tremblement. L’élasticité du lien jouant son rôle, cela inversa le déplacement et fit se rapprocher la planète de l’astre du jour.
- Saperlipopette, s’écria Skell, nous allons passer d’une glaciation à un désert brûlant. Je vais aller titiller ces volcans, c’est notre seule dernière chance !
- En attendant, je vais chercher un autre point d’attache, cria-t-elle. La pierre a bougé quand l’amarre s’est tendue. Ce n’est pas assez solide !
Alors qu’elle s’employait à défaire ce qu’elle avait accompli quelques heures auparavant, Skell activa les jaillissements de lave.
Soudain, un très fort appel d’air aspira la jeune fille dans l’abîme. D’un geste désespéré, elle agrippa le bout de la corde qu’elle réussit à enrouler autour de sa taille. Sa progression s’accéléra et sa vitesse devint vertigineuse. Croyant son heure venue, elle perdit connaissance.
Le temps s’écoula et Skell parvint peu à peu à ralentir le mouvement de la planète, pour finalement la stabiliser à une distance proche de celle d’origine.
Lorsqu’il alla s’inquiéter de l’autre extrémité, il fut surpris de ne plus trouver personne. Le cordage semblant pendre dans le gouffre de Mordor, sans point d’attache, il essaya de le ramener à lui en tirant dessus. Il sentit une résistance et se dit que cette jeune fille avait été bien courageuse pour réussir à l’accrocher dans de telles conditions.
Des jours durant il attendit sa remontée. Mais elle ne revint jamais, et il en fut très triste.
Depuis ce jour là, de l’autre côté de la terre, on festoie chaque année pour célébrer l’apparition d’une vierge aux cheveux blonds qui sortit du fleuve une amarre à la main. Certains avancent même qu’elle l’attachât à un tronc de mithril qu’elle avait enfoncé dans le sol à la force de ses bras.
Aucun des villageois depuis ce jour n’a osé toucher à cette amarre.
Le lieu de cette apparition fut baptisé Pons Monachorum (Pont-aux-Moines), suite aux nombreux pèlerinages qui s’en suivirent, au cours desquels un moine avait pris pour coutume de verser quelques gouttes d’eau bénite à partir du pont de Mardié.
On parle encore souvent d’elle en l’appelant « La Pucelle », il est vrai qu’elle se prénommait Jeanne, mais de là à créer un lien… il ne faudrait pas se mettre à fabuler… !

Photo de Sophi Nette (Zam) - 2017 - Texte de G.F. Spencer - 2018

Le Lac - G.F. Spencer
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