Alwan et le Pissenlit Géant - GF Spencer - Mai 2018

Bien avant le début de l’histoire des hommes vivaient des êtres bien différents de ceux que nous rencontrons aujourd’hui. Et déjà à cette époque, quand Alwan le troll apprenait la taille des carrés de roc, son grand-père, posté au-dessus de l’un d’eux, lui racontait des légendes sur la création du monde.
— Moi, Ayargajin, ai vu des choses dont même Skell ne peut se souvenir.
— Toi, papy, t’as encore bu trop d’hydromel.
— C’est possible, mais figure-toi, Alwan, que l’hydromel, eh bien c’est bon pour les méninges…
— Pfff… laisse-moi travailler, il me reste trois blocs à tailler avant ce soir.
— Tu devrais pourtant l’écouter, intervint Gwana, son amie d’enfance. Mon père m’a déjà raconté ce genre d’histoire, et c’est très intéressant.
— Bien, Gwana, je te propose de me relayer quelques minutes, le temps que mon ancêtre se vide de son savoir. Ça ne devrait pas être trop long, je pense…

S’étant nettoyé les mains il voulut rejoindre Ayargajin, mais celui-ci avait disparu. Toute la soirée, ils le cherchèrent en vain. Alwan en fut très attristé. Sans cesse, ses dernières paroles lui revenaient à l’esprit. Il ne ferma pas l’œil de la nuit, se demandant ce qui avait bien pu arriver à son grand-père.
Ce n’est qu’au petit matin qu’il réussit à s’endormir d’un sommeil agité.

Réveillé en sursaut, il se redressa et voulut s’enquérir de la source du vacarme. Il trouva Gwana, toujours en train de tailler ses pierres, l’esprit totalement ailleurs, le regard vide. Alwan eut beau essayer de lui parler, elle n’entendait plus rien, trop occupée qu’elle était à charrier les débris.
Tout cela n’avait pas de sens. Il s’approcha de l’entrée de la grotte et essaya d’estimer l’heure.
— Comme c’est étrange, le soleil s’est levé et pourtant il ne fait pas jour.
La faible luminosité lui permettant de mettre le nez dehors, il comprit que le ciel avait disparu et qu’il avait été remplacé par un plafond de corolles de pissenlits géants.
— Gwana, Gwana, viens voir ! C’est plein de pissenlits, dehors !
Gwana ne l’entendit pas et continua sa besogne.
— Pfff… c’est incroyable que ça ne l’intéresse même pas. Les trolkas sont décidément bien prétentieuses.
Protégé par la voûte translucide, il s’aventura plus en avant dans les bois.
Au fil de sa progression, il rencontra toutes sortes d’êtres vivants qu’il n’avait jamais eu la chance d’observer, et en fut émerveillé. Il avança ainsi des heures durant. La nuit tomba, puis le jour se leva à nouveau et ainsi de suite pendant plusieurs semaines. La forêt de pissenlits semblait sans fin. Se nourrissant de petits rongeurs il parvint à survivre dans ce monde étrange. Un jour où il revint bredouille de la chasse, l’idée de rebrousser chemin naquit naturellement. Il se retourna et se rendit compte de son erreur.
— Bigre, tout se ressemble ici. Jamais je ne pourrai retrouver ma grotte. Et que se passera-t-il quand le vent fera s’envoler toutes ces semences ? Je serai sous le soleil et me transformerai en pierre ! Vite, il faut retrouver ce chemin, sans perdre de temps !
Mais Alwan avait négligé de s’orienter et au lieu de se rapprocher de sa maison, prit la direction opposée.
L’automne approchait, et la nourriture se fit de plus en plus rare.
Affamé et épuisé, il se laissa tomber au pied d’un grand pissenlit et s’endormit aussitôt.
Quand il s’éveilla, il fut saisi d’une étrange sensation de flottement, comme si son corps se déplaçait latéralement sans raison apparente. Au-dessus de lui, la voûte céleste était désormais apparente, à travers une multitude de parapluies plumeux. Il tenta de se redresser, mais dû se rasseoir aussitôt, déséquilibré.
— Mazette ! je suis emprisonné dans cette fleur. Comment ai-je pu en arriver là ?
— Alwan, c’est vous ?
— Mais, cette voix… d’où vient-elle ?
— C’est moi, Brindor, le pissenlit. Je vous ai pris dans ma corolle afin de vous protéger.
— Me protéger ? Mais de quoi ?
— Nous allons nous ouvrir dans quelques minutes, et ainsi naîtra le vent.
— Le vent ? Le vent naît de vos floraisons ? Voilà une histoire bien curieuse.
— Alwan, si tu avais écouté ton grand-père, tu le saurais. Le vent naît de l’ouverture de nos corolles, et ce depuis la nuit des temps.
— Mais alors, que vais-je devenir ? Je ne supporte pas la lumière.
— Je sais, Alwan. C’est pour cela que je t’ai pris avec moi.
— Mais si votre corolle s’ouvre…
— Tu ne crains plus rien maintenant.
— Ah bon ? Pourquoi dites-vous ça ?
— Regarde tes mains, Alwan.
— Mes mains ? Mais… oh mon dieu !

— Réveille-toi, Alwan, crie Gwana en le secouant avec force. Réveille-toi !
— Euh… quoi… oh, mes mains… attention, le vent… !
Gwana et Ayagajin se regardèrent en souriant.
— Arrêtez, je n’y comprends plus rien. Ce pissenlit m’a avalé. je vais mourir !
Alwan se redressa et reconnut sa caverne et son lit dans lequel il venait de se réveiller
— Tu vas très bien Alwan, répond son grand-père.
— Papy, vous êtes là. Ouf, nous vous avons retrouvé. Racontez-moi votre histoire. Je vais vous écouter, promis.
— Mais je viens de te la raconter, Alwan. Tu as déjà oublié ?
— Quoi, c’était vous, cette histoire ?
— Oui, c’est moi qui t’ai guidé dans ce rêve.
— Oh, mais… ce n’est pas très gentil. J’ai eu peur et…
— Ça t’apprendra à manquer de respect à ton grand-père, Alwan, ajoute Gwana.
— Pardon, pardon, pardon, Papy. Je ne le ferai plus, je vous le promets.
— Et ce petit troll, dans cette histoire, qu’est-il devenu ?
— Ce petit troll, comme tu dis, a bien changé, après cette aventure.
— Qu’est-il devenu, s’il te plaît… dis-moi !
— Il a un nom, tu sais.
— Oui, j’imagine. Comme tous les trolls.
— Sauf que lui, il porte le même nom que toi, Alwan, et que c’est ce jour-là que naquit le premier petit homme.

Le Lac - G.F. Spencer
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